De Abya Yala au Kurdistán, fleurissons car la guerre ne peut détruire nos racines / De Abya Yala a Kurdistán, florecemos porque la guerra no puede acabar con nuestras raíces

Texte en français (abajo en español):

“De Abya Yala au Kurdistán, fleurissons car la guerre ne peut détruire nos racines.”, tel était la devise de la troisième conférence officielle du mouvement de libération des femmes kurdes, organisée par le réseau Women Weaving the Future, la première de trois à se tenir à l’extérieur de l’Europe. Dans la semaine du 11 au 15 février, étaient réunies à Bogota plus de 400 femmes de pays divers, parlant différentes langues, et appartenant à des mouvements sociaux variés.  Au cœur de ce cercle de discussion de femmes était abordée et réfléchie la lutte des femmes face à la destruction de la vie et à la crise du capitalisme, qui menace incessamment la reproduction de toute forme de vie. Cette conférence fut dédiée, entre autres, à la mémoire de Sakine Cansiz,  Rosa Luxemburg, Alina Sanchez, aussi connue sous le nom de Lêgerîn Çiya et Berta Caceres dont les 10 ans de l’assassinat  furent commémorés.

De cris, de chants et de danses, cette réunion fut inaugurée par une cérémonie où furent évoqués les esprits du feu, du vent, du sol, de la fumé et de l’eau, autour d’un autel tracé de fleurs, d’aromatiques et de semences sacrées, abondant d’offrandes remémorant la pachamama, celles assassinées, disparues et diverses bannières représentant les différentes luttes des femmes en résistance pour la défense de la vie. En son centre: tambours et feu, un rameau de palo santo et une bougie attisés tout au long de ce séjour de sempiternel rituel.

Au courant de cette semaine furent réfléchis collectivement de nouveaux imaginaires, antagonistes aux schémas dessinés par les logiques du patriarcat, du capitalisme et du colonialisme. Une voix d’Haïti souligna l’importance de reconnaître que “cet échec est plutôt un résultat du capitalisme global qu’un problème interne”, et qu’en ce sens, ces nouveaux imaginaires doivent être tissés au-delà des frontières, des imaginaires où la nature est décolonisée, et les êtres qui l’habitent, libérés. 

L’objectif de cette rencontre fut de tisser un réseau de résistance plus large à partir des réseaux que chacune a déjà mis en place, un réseau qui converge en une lutte commune:  la fin du patriarcat et de l’impérialisme pour la libération des femmes, des corps et des territoires.

« Je viens d’un territoire où, depuis l’époque de nos grands-parents, le fleuve était synonyme de vie, de nourriture, de rituel, d’identité. Un territoire où l’eau n’était ni une ressource, ni une marchandise. Elle était un lien vivant entre notre peuple, la terre et le lieu que nous habitions. Aujourd’hui, le fleuve est devenu une infrastructure au service du pillage. » témoigne une camarade du Mexique.

Cet espace de dialogue misait sur la diversité au cœur de la lutte, élément conditionnel à la pérennité de la lutte. « La lutte doit être diversifiée, sinon ce n’est pas une lutte. » déclare une autre camarade d’Équateur. Tout au long de cette semaine de conférences, les propositions ont été brodées  dans l’intention de bâtir un chemin de résistance international face à l’architecture de pillage bâti par l’empire, dans un contexte où l’état a construit “un projet de guerre à nos frontières et que nous sommes confrontées à des projets d’énergies alternatives pervers où les paramilitaires se reconfigurent dans le cadre de la politique étatique de contrôle des terres”, tel qu’a partagé une collègue de la Colombie. 

Afin de formuler ces idées plus concrètement et dans l’intime, ont été réalisés sept ateliers distincts, traitant de sept thématiques différentes : l’économie, l’éducation, la santé, la communication, les arts et la culture, ainsi que le confédéralisme démocratique et la Jinéologie, qui sont toutes les deux des doctrines politiques théorisées au sein du mouvement de libération kurde,  puis l’autodéfense des corps et du territoire. Le titre de ce dernier a suscité un fort débat et fut le premier sujet abordé au sein de l’atelier, plusieurs exigeant un titre plus sensible à la réalité géopolitique de la Colombie.

Fortement évoquée fut l’importance de retourner à la cosmovision des peuples autochtones: un système de pensée basé sur le ressenti. Comme nous l’a partagé une collègue d’Équateur: « Si nos propositions ne touchent pas le cœur, nous ne pouvons pas lutter. Nous retournons à la famille cosmique : penser avec le cœur. ».

Il va donc sans dire que penser depuis le cœur fut, est et sera fondamental à la lutte. D’ailleurs, figurent parmi l’une des principales propositions la volonté de centraliser l’éducation populaire au cœur de nos pratiques afin de développer une autocritique à grande échelle et se réapproprier les savoirs ancestraux de même que les soins de nos propres corps et communautés. Il a été largement souligné que l’éducation est un moyen déterminant pour reconnaître et valoriser l’économie de soins et, par conséquent, transformer notre conception de l’économie. En ce sens, il nous faut construire une éducation dont la base est l’amour, dont la portée est politique, et dont le centre est la mémoire ancestrale.  De plus, en désignant la communication comme un outil de critique et la culture comme un outil de libération, a été réaffirmée l’importance de multiplier les cercles de discussion, les murales, les émissions de radio et les fanzines, autrement dit, les lieux et les moyens d’échange pour la résistance.

Quoique plusieurs idées et propositions fortuites furent soulevées et inscrites au manifeste des femmes pour la défense de la vie, la conclusion continue à se façonner. Certaines propositions formulées se déploient tranquillement, telle qu’une initiative d’économie collective à travers un réseau de commercialisation entre femmes à l’échelle internationale par exemple.

Texto en español:

Este fue el lema de la tercera conferencia oficial del movimiento de mujeres por la liberación de Kurdistán, organizada por la red de mujeres Tejiendo el Futuro, la primera de tres en realizarse fuera de Europa. Durante la semana del 11 al 15 de febrero, se reunieron en Bogotá más de 400 mujeres de diferentes países, que hablan diversos idiomas y que pertenecen a varios movimientos sociales. En el corazón de este círculo de diálogo de mujeres, se abordó y reflexionó sobre la lucha de las mujeres que confronta a la destrucción de la vida y la crisis del capitalismo, que amenaza constantemente la reproducción de lo vivo y lo no vivo que no genere acumulación de riqueza. Esta conferencia estuvo dedicada, entre otros, a la memoria de Sakine Cansiz, Rosa Luxemburg, Alina Sánchez, también conocida como Lêgerîn Çiya, y Berta Cáceres, de cuyo asesinato se conmemoraron diez años.

Entre gritos, cantos y danzas, este encuentro fue inaugurado con una ceremonia donde se evocaron los espíritus del fuego, el viento, la tierra, el humo y el agua, alrededor de un altar trazado con flores, las aromáticas y las semillas sagradas, abundante en ofrendas que recordaban a la Pachamama, a las asesinadas y desaparecidas y diversas banderas que representaban las diferentes luchas de las mujeres en resistencia por la defensa de la vida. En su centro: tambores y fuego, una rama de palo santo y una vela encendida durante todo este encuentro de ritual eterno.

A lo largo de esta semana, se reflexionaron colectivamente nuevos imaginarios, antagónicos a los esquemas trazados por las lógicas del patriarcado, el capitalismo y el colonialismo. Una voz desde Haïti subrayó la importancia de reconocer que «este fracaso no es tanto un problema interno, sino más bien un resultado del capitalismo global», y que, en ese sentido, estos nuevos imaginarios deben tejerse más allá de las fronteras, imaginarios donde la naturaleza sea descolonizada y los seres que la habitan, liberados. 

El objetivo de este encuentro fue tejer una red de resistencia más amplia, una red que converja en una lucha común: el fin del imperialismo y del patriarcado por la liberación de las mujeres, de los cuerpos y de los territorios. 

«Vengo de un territorio donde siempre, desde nuestros abuelos, el río era vida, era alimento, era ritual, era identidad. Un territorio donde el agua no era un insumo ni una mercancía. Era una relación viva entre nuestro pueblo, entre la tierra y el lugar que habitamos. El río se ha transformado en una infraestructura para el despojo.” testifica una compañera de México. 

Este espacio de diálogo apostaba por la diversidad en el corazón de la lucha, elemento condicional para la permanencia de la lucha. «La lucha debe ser diversificada, si no, no es lucha», declara una compañera de Ecuador. A lo largo de esta semana de conferencia, las propuestas se fueron hilvanando con la intención de construir un camino de resistencia internacional frente a la arquitectura de saqueo construida por el imperio, en un contexto donde el estado ha construido «un proyecto de guerra en nuestras fronteras y nos enfrentamos a proyectos de energías alternativas perversos donde los paramilitares se reconfiguran en el marco de la política estatal de control territorial», como compartió una otra compañera de Colombia.

Para formular estas ideas más concretamente y en la intimidad, se realizaron siete talleres distintos, abordando siete temáticas diferentes: economía, educación, salud, comunicación, artes y cultura, así como el confederalismo democrático y la jineología, ambas doctrinas políticas teorizadas dentro del movimiento de liberación kurdo, y la autodefensa de los cuerpos y el territorio. El título de este último suscitó un fuerte debate y fue el primer tema abordado dentro del taller, proponiendo un título más sensible a la realidad geopolítica de Colombia.

Se mencionó con fuerza la importancia de volver a la cosmovisión de los pueblos originarios: un sistema de pensamiento basado en el sentir. Como nos compartieron desde Ecuador: «Si nuestras propuestas no tocan el corazón, no podemos luchar. Volvemos a la familia cósmica: pensar con el corazón».

Por lo tanto, no hace falta decir que pensar desde el corazón fue, es y será fundamental para la lucha. Por lo demás, figuran entre las principales propuestas la voluntad de centralizar la educación popular en el centro de nuestras prácticas para desarrollar una autocrítica a gran escala y reapropiarnos de los saberes ancestrales, así como del cuidado de nuestros propios cuerpos y de la comunidad. Se ha insistido mucho en que la educación es un medio determinante para reconocer y valorar la economía del cuidado y, por ende, transformar nuestra concepción de la economía. En este sentido, debemos construir una educación cuya base sea el amor y cuyo alcance sea político, y cuyo centro sea la memoria ancestral. 

Además, nombrando la comunicación como una herramienta de crítica, y la cultura como una herramienta de liberación, se reiteró la importancia de multiplicar los círculos de palabra, los murales, los programas de radio y los fanzines, como lugares y medios de intercambio para la resistencia.

Aunque se plantearon y se incluyeron en el manifiesto de las mujeres en defensa de la vida varias ideas y propuestas, la conclusión sigue tomando forma. Algunas de las propuestas formuladas se están desarrollando paulatinamente, como una iniciativa de economía colectiva a través de una red de comercialización entre mujeres a escala internacional.

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