De Abya Yala au Kurdistán, fleurissons car la guerre ne peut détruire nos racines (FR – ESP – ING)

Texte en français (abajo en español – down in English):

‘‘D’Abya Yala au Kurdistan, fleurissons, car la guerre ne peut détruire nos racines’’ : telle était la devise de la troisième conférence officielle du mouvement de libération des femmes kurdes, organisée par le réseau Women Weaving the Future, la première de trois à se tenir à l’extérieur de l’Europe.

Dans la semaine du 11 au 15 février 2026, étaient réunies à Bogotá plus de 400 femmes de pays divers, parlant différentes langues, et appartenant à des mouvements sociaux variés. Au cœur de ce cercle de discussion de femmes était abordée et réfléchie la lutte des femmes face à la destruction de la vie et à la crise du capitalisme, qui menace incessamment la reproduction de toute forme de vie. Cette conférence fut dédiée, entre autres, aux mémoires de Sakine Cansiz, de Rosa Luxemburg et d’Alina Sanchez, aussi connue sous le nom de Lêgerîn Çiya. Les dix ans de l’assassinat de Berta Caceres furent également commémorés.

Riche en cris, chants et danses, cette réunion fut inaugurée par une cérémonie où furent évoqués les esprits du feu, ceux du vent, du sol, de la fumée et de l’eau. Autour d’un autel fait de fleurs, d’aromates et de semences sacrées, abondant d’offrandes remémorant la Terre-Mère (Pachamama) et les femmes assassinées, disparues, diverses bannières aux effigies des différentes luttes féministes en résistance pour la défense de la vie flottaient au vent. Au centre de l’autel : feu et tambour, un rameau de palo santo et une bougie attisée pendant toute la durée de séjour de sempiternel rituel.

Au courant de cette semaine furent réfléchis collectivement de nouveaux imaginaires, antagonistes aux schémas dessinés par les logiques du patriarcat, du capitalisme et du colonialisme. Une voix d’Haïti souligna l’importance de reconnaître que «cet échec est plutôt un résultat du capitalisme global qu’un problème interne», et qu’en ce sens, ces nouveaux imaginaires se doivent d’être tissés au-delà des frontières, là où la nature est décolonisée, et les êtres qui l’habitent, libérés. 

L’objectif de cette rencontre fut de tisser un réseau de résistance plus large à partir des réseaux que chacune a déjà mis en place, un réseau qui converge en une lutte commune:  la fin du patriarcat et de l’impérialisme pour la libération des femmes, des corps et des territoires. « Je viens d’un territoire où, depuis l’époque de nos grands-parents, le fleuve était synonyme de vie, de nourriture, de rituel, d’identité. Un territoire où l’eau n’était ni une ressource, ni une marchandise. Elle était un lien vivant entre notre peuple, la terre et le lieu que nous habitions. Aujourd’hui, le fleuve est devenu une infrastructure au service du pillage » témoigne une camarade du Mexique.

Cet espace de dialogue misait sur la diversité au cœur de la lutte, élément conditionnel à la pérennité de la lutte. « La lutte doit être diversifiée, sinon ce n’est pas une lutte. » déclare une autre camarade d’Équateur. Tout au long de cette semaine de conférences, les propositions ont été brodées  dans l’intention de bâtir un chemin de résistance international face à l’architecture de pillage bâti par l’Empire, dans un contexte où l’État a construit «un projet de guerre à nos frontières et que nous sommes confrontées à des projets d’énergies alternatives pervers où les paramilitaires se reconfigurent dans le cadre de la politique étatique de contrôle des terres» comme le partage une militante de la Colombie. 

Afin de formuler ces idées plus concrètement et dans l’intime, ont été réalisés sept ateliers distincts, traitant de sept thématiques différentes : l’économie, l’éducation, la santé, la communication, les arts et la culture.  Les notions de confédéralisme démocratique et de jinéologie ont elles aussi été abordées, ces dernières étant des doctrines politiques théorisées au sein du mouvement de libération des femmes kurdes, tout comme l’auto-défense des corps et du territoire. Ce dernier atelier a suscité un fort débat et fut le premier sujet abordé à l’ouverture de l’atelier, plusieurs exigeant un titre plus sensible à la réalité géopolitique de la Colombie.

L’importance de retourner à la cosmovision des peuples autochtones a largement été évoquée : un système de pensées et de valeurs basé sur le ressenti. Comme nous l’a partagé une collègue de l’Équateur: « Si nos propositions ne touchent pas le cœur, nous ne pouvons pas lutter. Nous retournons à la famille cosmique : penser avec le cœur. ».

Il va donc sans dire que penser depuis le cœur fut, est et sera fondamental à la lutte. D’ailleurs, figurent parmi l’une des principales propositions la volonté de centraliser l’éducation populaire au cœur de nos pratiques, afin de développer une autocritique à grande échelle et de se réapproprier les savoirs ancestraux, de même que les soins de nos propres corps et communautés.

Il a été souligné à de nombreuses reprises que l’éducation est un moyen déterminant pour reconnaître et valoriser l’économie de soins et, par conséquent, transformer notre conception de l’économie. En ce sens, il nous faut construire une éducation dont la base est l’amour, dont la portée est politique, et dont le centre est la mémoire ancestrale. 

 De plus, en désignant la communication comme un outil de critique et la culture comme un outil de libération, fut réaffirmée l’importance de multiplier les lieux et les moyens d’échange qui encouragent la résistance. Parmi ceux-ci furent cités les cercles de discussion, les murales, les émissions de radio et les fanzines, entre autres.

Quoique plusieurs idées et propositions fortuites furent soulevées et inscrites au manifeste des femmes pour la défense de la vie, la conclusion continue à se façonner. Certaines propositions formulées se déploient tranquillement, comme une initiative d’économie collective à travers un réseau de commercialisation entre femmes à l’échelle internationale.

Texto en español:

« De Abya Yala a Kurdistán, florecemos porque la guerra no puede acabar con nuestras raíces  »: ese fue el tema de la tercera conferencia oficial del movimiento de liberación de las mujeres kurdas, organizada por la red Women Weaving the Future, la primera de las tres que se celebrarán fuera de Europa.

Durante la semana del 11 al 15 de febrero de 2026, se reunieron en Bogotá más de 400 mujeres de diversos países, que hablaban diferentes idiomas y pertenecían a diversos movimientos sociales. En el centro de este círculo de debate de mujeres se abordó y reflexionó sobre la lucha de las mujeres frente a la destrucción de la vida y la crisis del capitalismo, que amenaza sin parar la reproducción de cualquier forma de vida. Esta conferencia se dedicó, entre otras cosas, a la memoria de Sakine Cansiz, Rosa Luxemburg y Alina Sánchez, también conocida como Lêgerîn Çiya. También se conmemoraron los diez años del asesinato de Berta Cáceres.

Llena de gritos, cantos y bailes, esta reunión se inauguró con una ceremonia en la que se invocó a los espíritus del fuego, del viento, de la tierra, del humo y del agua. Alrededor de un altar hecho de flores, hierbas aromáticas y semillas sagradas, repleto de ofrendas en memoria de la Madre Tierra (Pachamama) y de las mujeres asesinadas y desaparecidas, ondeaban al viento diversas pancartas con las efigies de las diferentes luchas feministas en resistencia por la defensa de la vida. En el centro del altar: fuego y tambor, una ramita de palo santo y una vela que se quedó prendida todo el tiempo que duro ese ritual sempiterno.

A lo largo de esta semana se reflexionó colectivamente sobre nuevos imaginarios, antagónicos a los esquemas trazados por las lógicas del patriarcado, del capitalismo y del colonialismo. Una voz de Haití subrayó la importancia de reconocer que « este fracaso es más bien un resultado del capitalismo global que un problema interno », y que, en este sentido, estos nuevos imaginarios deben tejerse más allá de las fronteras, allí donde la naturaleza sea descolonizada y los seres que la habitan, liberados.

El objetivo de este encuentro fue tejer una red de resistencia más amplia a partir de las redes que cada una ya ha establecido, una red que converja en una lucha común: el fin del patriarcado y del imperialismo para la liberación de las mujeres, los cuerpos y los territorios.

« Vengo de un territorio donde, desde la época de nuestros abuelos, el río era sinónimo de vida, de alimento, de ritual, de identidad. Un territorio donde el agua no era ni un recurso ni una mercancía. Era un vínculo vivo entre nuestro pueblo, la tierra y el lugar que habitábamos. Hoy, el río se ha convertido en una infraestructura al servicio del saqueo », testifica una compañera de México.

Este espacio de diálogo apostaba por la diversidad en el corazón de la lucha, elemento condicionante de la perdurabilidad de esta. « La lucha debe ser diversa; y si no es, no es una lucha », declara otra compañera de Ecuador. A lo largo de esta semana de conferencias, se han elaborado propuestas con la intención de construir un camino de resistencia internacional frente a la arquitectura de saqueo construida por el Imperio, en un contexto en el que el Estado ha construido « un proyecto de guerra en nuestras fronteras y nos enfrentamos a proyectos perversos de energías alternativas en los que los paramilitares se reconfiguran en el marco de la política estatal de control de las tierras », como comparte una militante de Colombia.

Con el fin de formular estas ideas de manera más concreta y en profundidad, se llevaron a cabo siete talleres distintos, que trataron siete temáticas diferentes: economía, educación, salud, comunicación, artes y cultura. También se abordaron los conceptos de confederalismo democrático e jineología, estas últimas doctrinas políticas teorizadas en el seno del movimiento de liberación de las mujeres kurdas, al igual que la autodefensa de los cuerpos y de los territorios. Este último taller suscitó un debate intenso y fue el primer tema abordado al inicio del taller, ya que varias personas exigieron que el título sea más sensible a la realidad geopolítica de Colombia.

Se evocó ampliamente la importancia de volver a la cosmovisión de los pueblos indígenas: un sistema de pensamientos y valores basado en el sentir. Como nos compartió una compañera de Ecuador: «Si nuestras propuestas no llegan al corazón, no podemos luchar. Volvemos a la familia cósmica: pensar con el corazón».

Por lo tanto, no hace falta decir que pensar desde el corazón fue, es y será fundamental para la lucha. De hecho, entre las principales propuestas figura la voluntad de situar la educación popular en el centro de nuestras prácticas, con el fin de desarrollar una autocrítica a gran escala y reapropiarnos de los saberes ancestrales, así como del cuidado de nuestros propios cuerpos y comunidades.

Se ha destacado en numerosas ocasiones que la educación es un medio determinante para reconocer y valorar la economía del cuidado y, por consiguiente, transformar nuestra concepción de la economía. En este sentido, debemos construir una educación cuya base sea el amor, cuyo alcance sea político y cuyo centro sea la memoria ancestral. Además, al designar la comunicación como herramienta de crítica y la cultura como herramienta de liberación, se ha reafirmado la importancia de multiplicar los lugares y medios de intercambio que fomentan la resistencia. Entre otros, han sido nombrado los círculos de debate, los murales, los programas de radio y los fanzines.

Aunque se plantearon y se incluyeron en el manifiesto de las mujeres por la defensa de la vida muchas ideas y propuestas espontáneas, la conclusión sigue tomando forma. Algunas de las propuestas formuladas se están desarrollando poco a poco, como una iniciativa de economía colectiva, a través de una red de comercialización entre mujeres a escala internacional.

Text in English:

“From Abya Yala to Kurdistan, let us flourish, for war cannot destroy our roots”: this was the motto of the third official conference of the Kurdish women’s liberation movement, organized by the Women Weaving the Future network—the first of three to be held outside Europe.

During the week of February 11–15, 2026, more than 400 women from various countries, speaking different languages, and belonging to diverse social movements gathered in Bogotá. At the heart of this women’s discussion circle was the examination and reflection on women’s struggle in the face of the destruction of life and the crisis of capitalism, which constantly threatens the reproduction of all forms of life. This conference was dedicated, among others, to the memories of Sakine Cansiz, Rosa Luxemburg, and Alina Sanchez, also known as Lêgerîn Çiya. The tenth anniversary of the assassination of Berta Cáceres was also commemorated.

Filled with cries, songs, and dances, this gathering began with a ceremony invoking the spirits of fire, wind, earth, smoke, and water. Surrounding an altar made of flowers, herbs, and sacred seeds, overflowing with offerings in memory of Mother Earth (Pachamama) and the murdered and missing women, various banners bearing the symbols of different feminist struggles in resistance for the defense of life fluttered in the wind. At the center of the altar: fire and drum, a branch of palo santo, and a candle kept burning throughout the whole duration of this timeless ritual.

Throughout the week, new imaginaries were collectively envisioned, in opposition to the patterns shaped by the logic of patriarchy, capitalism, and colonialism. A voice from Haiti emphasized the importance of recognizing that “this failure is more a result of global capitalism than an internal problem,” and that in this sense, these new ways of thinking must be woven across borders, where nature is decolonized and the beings who inhabit it are liberated.

The goal of this gathering was to build a broader network of resistance based on the networks each participant has already established—a network that converges into a common struggle: the end of patriarchy and imperialism for the liberation of women, bodies, and territories.

“I come from a territory where, since our grandparents’ time, the river was synonymous with life, food, ritual, and identity. A territory where water was neither a resource nor a commodity. It was a living link between our people, the land, and the place we inhabited. “Today, the river has become infrastructure in the service of plunder,” testifies a comrade from Mexico.

This space for dialogue emphasized diversity at the heart of the struggle, an essential element for the struggle’s sustainability. “The struggle must be diverse; otherwise, it is not a struggle,” declares another comrade from Ecuador. Throughout this week of conferences, proposals were developed with the intention of building a path of international resistance against the architecture of plunder constructed by the Empire, in a context where the state has constructed “a war project at our borders and we are confronted with perverse alternative energy projects where paramilitaries are reorganizing themselves within the framework of the state’s land control policy,” as shared by an activist from Colombia.

To formulate these ideas more concretely and in depth, seven separate workshops were held, addressing seven different themes: the economy, education, health, communication, the arts, and culture. The concepts of democratic confederalism and ‘’jineology’’ were also addressed; the latter are political doctrines theorized within the Kurdish women liberation movement, as was the self-defence of bodies and territory. This last workshop sparked intense debate and was the first topic discussed at the workshop’s opening, with several participants calling for a title more attuned to Colombia’s geopolitical reality.

The importance of returning to the worldview of Indigenous peoples was widely discussed: a system of thought and values based on feeling. As a colleague from Ecuador shared with us: “If our proposals do not touch the heart, we cannot fight. We return to the cosmic family: thinking with the heart.”

It goes without saying, then, that thinking from the heart has been, is, and will remain fundamental to the struggle. Indeed, one of the main proposals is the desire to place popular education at the center of our practices, in order to foster large-scale self-criticism and reclaim ancestral knowledge, as well as the care of our own bodies and communities.

It has been emphasized on numerous occasions that education is a decisive means of recognizing and valuing the care economy and, consequently, transforming our conception of the economy. Therefore, we must build an education whose foundation is love, whose scope is political, and whose center is ancestral memory. Furthermore, by identifying communication as a tool for critique and culture as a tool for liberation, the importance of expanding the spaces and means of exchange that foster resistance was reaffirmed.  

Amongst others were named discussion circles, murals, radio shows, and fanzines. Although many ideas and spontaneous proposals were raised and included in the women’s manifesto for the defense of life, the conclusion is still an on-going process. Some of the proposals put forward are quietly taking root, such as a collective economic initiative through an international women’s marketing network.

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